Là où le regard artistique et psychiatrique se rencontrent
Dans cette session, je souhaiterais témoigner du processus de création atypique dans lequel je me suis lancée : comment mon métier de psychiatre me donne matière à créer et comment la création enrichit mon regard de psychiatre.
De la psychiatrie à l’art
Le métier de psychiatre est un métier difficile. Nous rencontrons la souffrance humaine à l’état brute, nous faisons face à des situations de violence physique ou verbale. Nous redoutons le passage à l’acte suicidaire.
Les responsabilités sont écrasantes : soins sous contraintes, isolement et contentions, traitements médicamenteux, vie d’équipe, poids institutionnel, regard social….
Il existe encore trop peu de prise en compte de la souffrance des soignants.
Mon désir de créer a émergé d’un besoin de transformer mes émotions, les situations difficiles, en quelque chose de nouveau, d’utile, pour moi et pour les autres. Assez naturellement l’écriture et la musique sont venues, puis le mouvement corporel.
J’utilise mes vécus de médecin comme une matière pour créer.
De l’art à la psychiatrie
Le processus de création ouvre mon regard, mon attention : j’observe les mouvements des patients, des soignants, les déplacements, les interactions. J’écoute les sonorités : bruits de clés, de portes, rythmes des voix pour créer des ambiances. Je me relie aux émotions que je traverse pour créer du mouvement.
Ce travail de création me permet de nourrir mon rôle de psychiatre. Développer un oeil qui cherche la beauté là où elle semble difficile à percevoir, écouter la musicalité d’une conversation, d’un cri, d’un silence.
Contempler la chorégraphie d’un mouvement répété, d’un corps éteint, voûté, d’un pied qui traine ou d’un corps qui ne bouge pas.
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